Comment Orange veut faire sauter la banque

Comment Orange veut faire sauter la banque

Et la concurrence par la même occasion

– Article rédigé le par - 272

Je saisis mes informations dans un formulaire simplifié, je signe mon contrat électroniquement, je télécharge mes documents en scannant deux pièces d’identité et une justificatif de domicile, j’effectue un versement de 50 euros minimum pour valider l’ouverture et ça y est… me voilà titulaire d’un nouveau compte bancaire en quelques clics.
Voilà comment Orange espère faire sauter la banque auprès de ses concurrents. Car certes, les banques mobiles existent déjà (le groupe allemand N26, Revolut au Royaume-Uni, Nickel de BNP Paribas, le C-Zam de Carrefour ou encore Morning du groupe E.Leclerc) mais c’est un vrai mastodonte de la téléphonie qui s’apprête à secouer le monde bancaire.
L’opérateur télécoms que l’on croyait vouloir se spécialiser dans ce qu’il maîtrise le mieux (télécommunications, téléphonie, M2M, business, domotique ou encore téléassistance) a donc élargi son champs d’action avec le lancement, ce 2 novembre 2017, en partenariat avec Groupama, d’Orange Bank. Une banque mobile avec accès classique à tous les services bancaires via un smartphone. Une petite révolution dans le monde de la finance française, avant un déploiement prévu en Belgique mais aussi en Espagne.
Comment ça marche ? Comme une banque classique. Le titulaire du compte en ligne n’a aucun frais à l’ouverture, dispose d’une carte bancaire, elle aussi gratuite pourvu que l’on effectue trois paiements ou retraits par mois (il en coûtera 5 euros par mois sinon…). L’application permet de connaître en temps réel le solde de son compte, sans oublier la possibilité, outre son compte courant, d’ouvrir un compte épargne (rémunéré 1% brut). Autres points forts de l’offre, la carte bancaire personnalisable peut non seulement être aussitôt bloqué par son détenteur en cas de perte, mais peut être réinitialisée directement si on la retrouve. De quoi soulager les étourdis en stress dès qu’il égaré leur carte. Et si l’on ne parvient pas à s’en sortir seul, un service client propose de l’aide, un service qui peut néanmoins être payant…
Alors, y a-t-il un loup dans cette banque low cost ? Visiblement non. L’opérateur télécoms a bien préparé son coup. L’UFC-Que Choisir n’y trouve pas de réelles zones d’ombres soulignant la gratuité des tenues de compte, de la carte bancaire et du chéquier, contrairement par exemple à N26 qui fait payer 2 euros par mois à partir du sixième retrait à un distributeur. De son côté, un autre spécialiste sur le sujet, Panorabanques, souligne lui aussi “des tarifs parmi les plus bas du marché et une offre moderne et agressive”. Laquelle pourrait permettre à Orange Bank de devenir un acteur majeur du secteur.
Un secteur où la concurrence s’annonce féroce. Les banques classiques ne comptent pas se faire cannibaliser aussi facilement et travaille forcément pour lancer quelques contre-attaque. A l’image de BNP Paribas, qui détient déjà Hello Bank, la Société Générale (Boursorama), le Crédit Mutuel (Fortuneo) ou encore le Crédit Agricole (BforBank) qui a même prévu de lancer une offre couplant un compte bancaire et un forfait téléphonique. Même le secteur des Télécoms prépare la riposte, comme le plus grand rival d’Orange, Altice (SFR) qui a annoncé vouloir lancer sa propre banque mobile d’ici 2019.
Stéphane Richard, le patron d’Orange, espère fidéliser quelque 2 millions de clients en dix ans avec Orange Bank. Le pari est audacieux mais largement dans ses cordes si l’on se réfère à la puissance du groupe mondialement reconnu, avec une base de 27 millions de clients mobile et environ 10 millions de clients haut débit. De plus, le lancement d’Orange Bank survient dans un environnement plus que favorable depuis le mois de février 2017 et la mise en place de la loi Macron qui permet à chacun de changer plus facilement d’établissement bancaire. Lesquels doivent frémir. Tout comme certains salariés des agences qui risquent de voir la proximité avec les clients (et donc leur utilité) s’éteindre à petit feu.
Autre débat. Sur la dématérialisation à tout crin et l’avenir de l’humain...

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